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Le Califat

On a vu la signification véritable de l'institution du califat. Elle sert de vicariat au Législateur (Mohammad), dans la mesure où, comme lui, elle permet de préserver la foi et de gouverner le monde. C'est l'institution appelée "califat" ou "imamat". Celui qui remplit cette fonction est le calife ou l'imâm. Ces derniers temps, on l'a aussi appelé "sultan", quand les prétendants étaient nombreux, ou bien que les gens étaient forcés de prêter serment d'allégeance à qui­conque s'emparait du pouvoir : cela, en raison des dis­tances et en dépit des conditions régissant l'institution (du califat).
On dit imâm, par comparaison avec celui qui dirige la prière : en effet, le calife est suivi et pris pour modèle comme celui qui dirige la prière. Aussi le califat est-il encore appelé "grand imamat".
Quant au mot "calife" (khalîfa), il vient de la racine khlf, "remplacer", parce qu'il représente le Prophète dans l'is­lam. On dit "calife" tout seul, ou bien "calife de l'Apôtre de Dieu". Les avis diffèrent sur l'expression "vicaire de Dieu". Les uns autorisent cette tournure, car tous les enfants d'Adam seraient des "vicaires de Dieu", comme le montrent les versets du Coran : "Je vais placer, sur la terre, un vicaire" (n, 30) et : "C'est Lui qui fit de vous les derniers détenteurs de la terre" (vi, 165). Cependant, il n'est géné­ralement pas permis d'employer l'expression "vicaire de Dieu", parce que les deux versets cités ne se réfèrent pas expressément (à l'institution du califat). Abû-Bakr interdi­sait qu'on l'appelât "vicaire de Dieu". Il disait : "Je ne suis pas le vicaire de Dieu, mais le représentant de Son Apôtre." D'ailleurs, un vicaire ne peut s'entendre que pour un absent, et non pour (Dieu qui est toujours) présent.
L'imâmat est une institution nécessaire. Il en est ainsi selon la Loi (religieuse), comme le montre le consensus (ijmâ'J des compagnons du Prophète et de leurs succes­seurs à la seconde génération. A la mort de Mohammad, ses compagnons prêtèrent le serment d'allégeance (bay'a) à Abû-Bakr et le chargèrent de diriger leurs affaires. Il en fut ainsi aux époques suivantes. Jamais le peuple ne fut laissé dans l'anarchie. Il en fut ainsi par accord unanime, ce qui prouve que l'imâmat est bien nécessaire.
Certains ont prétendu que l'imâm est nécessaire pour des raisons intellectuelles, et que le consensus (des musul­mans) confirme seulement la prééminence de la raison. A les en croire, la raison suffit à montrer la nécessité de cette institution : il s'agit, en effet, du besoin des hommes de vivre en société, de leur incapacité à mener une exis­tence individuelle. Or, la conséquence inéluctable de la vie sociale, c'est le désaccord dû à la pression (izdihâm) de leurs intérêts opposés. Tant qu'il n'y a pas de modérateur (wâzV) pour les contenir, ces discordances engendrent des conflits qui, à leur tour, peuvent conduire à la disparition de l'espèce humaine. Or, la conservation de l'espèce est un des principaux objectifs de la loi religieuse.

On a vu que l'institution de l'imâmat est reconnue comme nécessaire par l'accord unanime des Compagnons. De plus, elle est un devoir de communauté (fard al-kifâya), laissé à la discrétion de tous les musulmans compétents au pouvoir (ahl al-hall wa-l-'aqdl), auxquels il appartient d'installer un imâm et de veiller à le faire obéir selon le verset du Coran : "Obéissez à Dieu ! Obéissez à l'Apôtre et à ceux d'entre vous détenant l'autorité !" (iv, 62).

tiré de de l'oeuvre Al-Muqaddima de Ibn Khaldûn
chapitre : 24. OPINIONS DIFFÉRENTES SUR LE CALIFAT

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