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Ibn Khaldoun (1332-1406) : Les Arabes

Ibn Khaldoun (1332-1406) : LES ARABES 1 SONT UN GROUPE NATUREL DANS LE MONDE

Les gens du désert (ahl al-badu) ont un genre de vie naturel : agriculture et élevage. Ils s'en tiennent au strict néces­saire pour la nourriture, le vêtement, l'habitation et le reste. Ils n'ont rien au-delà, d'utile ou de perfectionné. Ils ont des tentes de poil et de laine, ou des cabanes en bois, en argile et en pierre, sans mobilier : ce sont de simples abris, rien de plus. Ils s'abritent aussi dans des cavernes et des grottes. Leur nourriture est à peine préparée, ou pas du tout : c'est tout au plus si on l'a mise au feu .
pour les agriculteurs, mieux vaut se fixer que se dépla­cer. Tels sont les habitants de hameaux, des villages et des montagnes : c'est la masse des Berbères et des non-Arabes.

Ceux qui tirent leur subsistance d'animaux de pâturage, ovins et bovins, transhument pour trouver l'eau et le pâtu­rage : il vaut mieux, pour eux, se déplacer. Ce sont les "moutonniers" (shâwiyya), c'est-à-dire les éleveurs de moutons et de bœufs. Ils ne s'enfoncent pas dans le désert, où ils ne trouveraient pas de bons pâturages. Ce sont les Berbères, les Turcs, et leurs "frères" (ikhwân) turkmènes et slaves, entre autres.
Les chameliers sont plus nomades. Ils nomadisent au cœur du désert (qafr), parce que les pâturages du "tell" (maghrébin), avec leurs plantes et leurs arbres, ne suf­fisent pas au chameau. Celui-ci doit se nourrir des arbres du désert et boire son eau salée. Il doit nomadiser au désert en hiver, pour fuir le froid redoutable dans l'air plus chaud du désert. Dans les dunes, les chamelles mettent bas : de tous les animaux, c'est pour elles le plus difficile, et il leur faut le plus de chaleur. Les chameaux doivent donc s'enfoncer dans le désert. Les gardes les refoulent aussi, parfois, loin des collines, et les chame­liers s'enfoncent dans le désert, pour fuir les gardes, leur justice, et éviter d'être punis pour leurs déprédations. Ces nomades chameliers sont tout ce qu'il y a de plus sau­vage. Comparés aux sédentaires, ils sont au niveau des animaux indomptables et des bêtes féroces. Tels sont les Arabes (nomades), ainsi qu'à l'ouest les nomades ber­bères et zénètes et, à l'est, les Kurdes, les Turkmènes et les Turcs. Mais les Arabes vont plus loin dans le désert et sont plus "bédouins" que les autres, parce qu'ils ne vivent que de leurs chameaux, tandis que les autres ont aussi des moutons et des bœufs.

Il est donc évident que les Arabes (nomades) sont un groupement naturel, nécessaire à la civilisation. "Dieu est le Créateur, l'Omniscient" (xv, 86).

1. "Arabes" est pris, ici et généralement, par l'auteur, comme synonyme de "Bédouins". C'est le sens qu'il a toujours en Afrique du Nord (comme je viens encore de le constater en Tunisie, en 1963, où un citadin de Monastir appelle, avec mépris, "les Arabes", ses compatriotes campa­gnards).

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