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Le Calif ou Imam
L'imâm doit présenter quatre qualités : science, probité ('Aadâla l), compétence (kifâya) et sens et membres exempts de tout défaut de jugement ou de mouvement. Les avis diffèrent sur une cinquième condition : être qurayshite.
1. Il est évident que la science est la première de ces qualités requises. L'imâm ne peut exécuter la loi divine que s'il la connaît. Il ne peut présenter ce qu'il ignore. Son savoir n'est satisfaisant que s'il peut s'en rapporter à son propre effort de réflexion personnelle : s'il est mujtahid. Car c'est une erreur que de s'en remettre aveuglément à la tradition (taqlîd), alors que l'imâm doit être parfait.
2. La probité ('Aadâla) est indispensable, car l'imâmat est une institution religieuse qui domine toutes les autres.
Pour cette raison, la probité est nécessaire. Tout le monde est d'accord pour admettre que l'imâm perd sa probité s'il commet des actes défendus. Mais on discute de savoir s'il la perd en prenant des innovations dogmatiques (bida' ïtiqâdiyya) .
3. La compétence (kifâya) signifie que l'imâm est décidé à appliquer les peines légales et à faire la guerre. Il doit avoir des notions d'art militaire et pouvoir prendre ses responsabilités en entraînant son peuple dans la guerre. Il doit connaître aussi ce qu'est l'esprit de corps et quels sont les points délicats (de la diplomatie). Il doit être assez fort pour remplir ses devoirs politiques. Tout cela, afin de protéger la foi, de mener la guerre sainte, de maintenir la loi religieuse et de veiller au bien public.
4. L'intégrité physique consiste en l'absence de défauts ou d'incapacités tels que folie, cécité, mutisme ou surdité, perte d'un membre nuisant à la liberté de mouvement : perte des mains, des pieds, ou des testicules. Cette intégrité est indispensable à l'imâm, car les déficiences corporelles ne lui permettraient pas d'agir en toute circonstance et de remplir ses devoirs. Même un simple défaut d'aspect extérieur, tel que la perte d'un seul membre, suffit pour exclure de l'imâmat, car l'imâm doit être sans défaut2.
On rattache le manque de liberté d'action (tasarruf) à la perte des membres. Il en est deux sortes. L'une est l'inaction forcée et la totale incapacité d'agir, à cause de la captivité, par exemple. Or, la liberté d'action est aussi nécessaire à l'imâm que son intégrité physique. Il y a un deuxième cas d'incapacité : c'est celui où l'un des gens de l'imâm le domine, sans qu'on puisse parler de révolte ou de désaccord, et le tient en tutelle. Le problème revient alors à celui de l'usurpateur. Si celui-ci agit selon l'islam, la justice et le bon gouvernement, l'imâm peut rester en fonction. Sinon, les musulmans doivent rechercher l'intervention de quelqu'un qui s'emparera de l'usurpateur et clarifiera la situation trouble, pour rétablir l'autorité califale.
5. La condition de descendre des Qurayshites fut adoptée unanimement par les Compagnons du Prophète, le jour du Vestibule (saqîfa 1). Ce jour-là, les Ansâr (médi-nois) voulaient prêter serment d'allégeance à Sa'd b. 'Ubâda. Ils dirent : "Un émir des nôtres, et un autre des vôtres !" Mais les Qurayshites leur opposèrent la décision du Prophète : "Les imâms sont pris parmi les Qurayshites." Et ils ajoutèrent que Mohammad les avait exhortés à "faire le bien à ceux (des Ansâr) qui font le bien, et à laisser impunis ceux qui feraient le mal". Or, disaient les Qurayshites, si les Ansâr avaient dû commander, Mohammad ne les aurait pas recommandés aux Qurayshites. Les Ansâr s'inclinèrent et retirèrent leur proposition des deux émirs. Ils abandonnèrent leur intention de rendre hommage à Sa'd. On trouve aussi, conservée par une tradition solide, cette parole du Prophète : "Cela (l'Etat islamique) demeurera toujours dans la tribu des Qurayshites." Et il y a d'autres preuves du même genre.
'Adâla : est un terme juridique qui signifie "probité, intégrité" et s'aPplique, particulièrement, aux témoins instrumentaires devant les tribunaux des cadis.
saqîfa : C'est le jour, après la mort du Prophète, où Abû-Bakr fut élu pour lui succéder.
tiré de de l'oeuvre Al-Muqaddima de Ibn Khaldûn
chapitre : 24. OPINIONS DIFFÉRENTES SUR LE CALIFAT
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